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Francesco Savio, ne jamais s’arrêter

De sa ville de naissance, Rome, à sa ville de cœur, Paris, Francesco Savio n’a jamais cessé d’avancer. Avocat, universitaire, dirigeant RH, expert de la transformation et de la réorganisation d’entreprise, il a fait des bifurcations professionnelles une constante — porté par une énergie qui supporte mal l’immobilité.

“Pour obtenir la nationalité française, j’ai dû fournir un nombre incalculable de documents. Le plus drôle c’est quand il a fallu que j’indique obligatoirement l’adresse de mes parents. J’ai proposé d’indiquer celle du cimetière.” Avec son accent chantant et son sourire éclatant, Francesco est avenant et délicieusement piquant. Il multiplie les anecdotes savoureuses à mesure qu’il détaille son parcours professionnel, dans son appartement parisien de l’île Saint-Louis. Impossible de deviner qu’il enchaîne les pics de fièvre depuis 48 heures. Malgré son état, hors de question de décaler notre entretien. “De toute façon, je suis littéralement incapable de rester en place plus de deux secondes. J’ai besoin de travailler sinon je m’ennuie à mourir.” Ce sont les hasards de la vie et son dynamisme naturel qui l’ont poussé à devenir manager de transition, il y a 10 ans. “C’était au départ un choix subi. Je venais de quitter Total Energies quand on m’a proposé une mission, puis une deuxième et ainsi de suite. J’ai toujours accepté par angoisse du vide je suppose. Mais aujourd’hui, je ne sais pas si j’accepterai un CDI car mon statut me permet de mener des projets de transformation peu classiques.”

De fait, rien n’est classique dans le parcours de Francesco. Fils unique d’une famille bourgeoise italienne, biberonné à l’opéra lyrique (son cousin n’est autre que le maître de chœur de l’opéra de Paris) et passionné de philosophie, le jeune homme se rêve soit pianiste, soit professeur. Il se tourne finalement vers des études de droit qu’il réussit brillamment. A tel point que sa thèse en droit administratif comparé italien et français est financée par le Consiglio Nazionale delle Ricerche (l’équivalent du CNRS) et qu’il se retrouve maître de conférences au Département des langues à Assas en 1994. A tout juste 27 ans. C’est à cette époque qu’il va acquérir un niveau peu commun dans la langue de Molière. Certes, il travaille toute la journée sur des arrêts du Conseil d’Etat pour en saisir toutes les subtilités mais il vit aussi chez l’habitant. Et pas chez n’importe qui. “Je logeais chez une ancienne greffière en cheffe du Tribunal de Paris. Nous passions nos soirées à converser et elle n’hésitait pas à reprendre la moindre de mes fautes de syntaxe ou de conjugaison. Cela a été extrêmement formateur”, raconte Francesco.

Des codes de droit aux composants industriels

En 1994, sa carrière prend pourtant un tournant décisif. Francesco est alors responsable du programme Leonardo à Paris-Assas II. Son travail est de mettre en relation les étudiants qui souhaitent faire un stage à l’étranger avec des entreprises. Sauf que c’est lui qu’on cherche à recruter finalement, notamment pour sa connaissance du droit du travail. Quatre ans après, en 1998, il rejoint donc STMicroelectronics, à Milan puis à Catane, d’abord comme Responsable du recrutement, de la formation et de la communication interne à Milan et Directeur de STUniversity où il doit mettre en place la fonction RH pour plus de 5000 salariés et puis à Catane en tant que responsable RH et des relations industrielles. “Au départ, c’était étrange de passer du monde académique à celui de l’industrie, surtout dans un contexte où les relations sociales n’étaient pas une promenade de santé. J’ai connu les débrayages, les obstructions, parfois même du chantage. Quand on me demande en entretien si j’ai connu des situations de tension, j’ai quelques histoires à raconter”, s’amuse-t-il. Dans l’optique de se rapprocher de Rome, Francesco rejoint ACEA – l’équivalent d’Engie – en 2003, comme directeur de l’Université d’entreprise et HRBP d’une des business unit du grand groupe basé à Bruxelles. Jusqu’à ce que le destin frappe à nouveau à sa porte un an plus tard.

Lors d’une soirée mondaine en 2004, il croise la route de la Directrice de l’Agenzia del Demanio, l’Etablissement public qui gère les propriétés – pléthoriques – de l’Etat italien. Elle lui propose à brûle-pourpoint de prendre le poste de Directeur du recrutement et des Relations Sociales, alors que la structure va devenir un EPIC (établissement public qui copie les codes de l’entreprise). “Elle m’a dit que je pouvais me décider jusqu’à dimanche. Or, nous étions le mercredi. Mais j’ai dit oui tout de suite. Chez Acea, c’était une période d’inertie à cause d’un blocage politique et comme je ne peux pas passer une seconde inoccupé…” Pendant six ans, il va donc mener de grands projets de transformation et embauche plus de 600 personnes, met en place les nouvelles politiques RH, gère le contentieux… aux côtés d’une équipe d’une trentaine de personnes étant donné entre-autre son évolution au poste de DRH du Domaine de l’Etat italien ; “Je fais confiance et j’ai appris à déléguer. Je ne suis pas dans un management tatillon. Pour autant, j’estime qu’il faut être loyal et transparent avec moi. J’ai besoin d’un maximum d’informations au quotidien et je ne supporte pas qu’on insulte mon intelligence”

De la direction diversité de Total au management de transition

En 2009, un cabinet de recrutement le contacte, particulièrement intéressé par sa maîtrise de la langue française. On lui parle d’un poste à responsabilité dans un grand groupe international. Francesco se prête au jeu et pendant neuf mois enchaîne les entretiens. Jusqu’à être recruté par Total Energies, au sein de la branche Exploration-Production, comme DRH Italie pour diriger entre autres la mobilité internationale et le Développement des talents. “Je n’aime pas les choses faciles et toute cette procédure m’a motivé encore plus. J’ai donc dit au revoir à la fonction publique italienne. Mon père me traitait de fou. Mais en tant que DRH, je sais à quel point le mouvement en tant qu’évolution est important dans une carrière pour grandir professionnellement.” Trois ans plus tard, il est nommé par Christophe de Margerie himself Directeur de la Diversité et Inclusion du groupe à Paris, où il traite des sujets d’égalité professionnelle, de genre, d’internationalisation du Management, d’inclusivité, de handicap…

En 2016, il quitte Total pour s’occuper de son père. “Sa santé nécessitait que je fasse des allers-retours tous les 15 jours à Rome et ma carrière prenait la direction de l’Asie. J’ai refusé de poursuivre, un peu la mort dans l’âme.” Mais il souhaite aussi rester en France. Toujours incapable de se tourner les pouces, il commence à enchaîner les missions de transition. Au BRGM, aux Mines de Paris, chez XPOLogistics, Europcar Mobility Group, Radiall ou encore Vinci Construction. La plupart du temps comme directeur des Ressources humaines, mais très souvent pour des missions de restructuring et de transformation, M&A et PMI et aussi de direction de projets. Avec une petite particularité, normalement en portage salarial mais parfois, par choix du client en CDD au sein de l’organisation d’entreprise car : “Je travaille régulièrement avec les CSE, j’anime les IRP… En faisant du restructuring et de la transformation organisationnelle, cette flexibilité simplifie grandement les choses. Surtout en termes de délégation de pouvoir et de signature au sein de l’entreprise ”, détaille le Franco-Italien. Entre Rome et Paris, il a peut-être trouvé bien plus qu’un pays d’adoption : un rythme à sa mesure.

par Déborah Coeffier

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