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Bertrand de Poly, bâtisseur d’opportunité

Bertrand de Poly, bâtisseur d’opportunité

Bertrand de Poly s’est construit un parcours fait de rigueur et d’audace. De la tech à la santé, à la croisée de l’industrie et de l’innovation, il a fondé puis développé une medtech des deux côtés de l’Atlantique, après avoir piloté en Europe des projets complexes. Son retour en France marque une nouvelle étape : mettre cette expérience au service des entreprises engagées dans des transformations stratégiques.

Regard posé et acéré, port svelte et altier, mèche blanche et coupe nette. Bertrand de Poly cultive une forme d’élégance sobre, presque intemporelle. Son nom intrigue parfois. « Mon nom complet est Bertrand Le Conte Chrestien de Poly… Mais c’est un peu long pour une carte de visite », sourit-il. Élevé entre un père directeur commercial dans l’industrie du papier, parti aux États-Unis dans le cadre de son travail, et une mère employée chez KLM, Bertrand de Poly a grandi dans un univers où les frontières avaient naturellement tendance à s’abolir.

En 1997, après un double cursus effectué à AgroParisTech et HEC Paris, Bertrand de Poly rejoint Bossard pendant trois ans. Il rejoint ensuite Tiscali et y lance l’activité Internet haut débit, structurant l’offre et pilotant son déploiement à une période clé. Il poursuit enfin chez Kurt Salmon, où il conduit jusqu’en 2008 des missions dans les télécoms et la banque. « En tant que consultant, ce qui m’intéressait était de travailler en mode projet. J’aime construire à partir d’une page blanche, visualiser les étapes à franchir et me lancer. » Puis à force de voir les autres se jeter dans le grand bain, essayer, se tromper, recommencer, l’idée de l’entrepreneuriat le titille. 

Un premier lancement et un retournement complet

Sa rencontre avec le professeur Claude Boccara, directeur scientifique de l’ESPCI Paris et ancien proche collaborateur du prix Nobel Pierre-Gilles de Gennes, marque un tournant. Ensemble, ils fondent LLTECH, dédiée à l’imagerie médicale innovante. Leur ambition : permettre l’analyse de biopsies en quelques minutes grâce à la lumière. « Comme lire la page intérieure d’un livre sans avoir besoin de l’ouvrir. » Entre 2008 et 2018, l’aventure s’accélère. Bertrand de Poly en devient CEO, lève des fonds, recrute des ingénieurs, structure l’organisation et lance les premiers produits, distribués jusqu’en Chine et aux États-Unis. Mais l’innovation est en avance sur son marché. Les pratiques médicales évoluent lentement, la traction commerciale ralentit et l’entreprise s’approche d’un point critique.

Plutôt que de céder, l’équipe engage un retournement stratégique sous mandat ad hoc. Les caméras développées par LLTECH — capables de produire plus de mille images en quelques secondes — ouvrent une nouvelle voie : observer les mouvements cellulaires pour identifier plus rapidement les cellules cancéreuses. La technologie gagne en pertinence clinique, réduit drastiquement le temps d’analyse et améliore la fiabilité des biopsies. L’entreprise retrouve une dynamique.

Une expansion internationale

Grâce au soutien de quelques médecins visionnaires et à Canon, qui rentre au capital, LLTECH décolle. En 2019, Bertrand de Poly lève plus de 25 millions de dollars et l’entreprise amorce une nouvelle phase de développement. Le centre de gravité de l’entreprise se déplace alors vers les États-Unis. LLTECH USA est renommée Aquyre Biosciences. Bertrand de Poly conduit cette expansion et développe des liens étroits avec la Johns Hopkins University. Il organise de nouveaux tests cliniques et adapte la production aux exigences de la US Food and Drug Administration. « Les Américains ne croient pas en ce qui n’est pas américain. Il faut montrer patte blanche pour pouvoir se lancer là-bas. C’était une très belle opportunité, car c’est un pays où l’on investit vite et fort, et où les obstacles administratifs sont moins nombreux. »

La crise du Covid interrompt brutalement les essais cliniques et bloque les ventes. La situation financière devient très tendue. Puis la pénurie mondiale de composants électroniques met à son tour l’entreprise en péril. Bertrand de Poly négocie directement avec les fournisseurs et parvient à sécuriser les livraisons. Il constitue même un stock stratégique de composants essentiels pour plusieurs années. Une fois implantée aux États-Unis, la société met en place un business case rentable pour ses clients. La réduction du temps opératoire et le remboursement par le système de santé américain permettent aux clients d’atteindre un retour sur investissement en moins de dix-huit mois. Au total, près de 50 millions de dollars sont levés jusqu’à la série B. En trois ans, la société passe d’une dizaine de salariés en France à plus de 50 aux États-Unis. Elle développe à la fois sa R&D, sa production conforme aux standards américains, son organisation commerciale et ses processus financiers.

Retour en Europe et repositionnement

Mais le rêve américain prend soudainement fin. Après dix-sept années consacrées à cette aventure entrepreneuriale, un conflit stratégique interne met fin à son mandat opérationnel. Bertrand de Poly rentre alors en France. Il choisit néanmoins de transformer cette transition en opportunité. Il obtient une certification au Massachusetts Institute of Technology en intelligence artificielle appliquée à la santé, suit une formation à la reprise d’entreprise et obtient le statut d’Operating Partner en 2025, et choisit de s’orienter vers le management de transition. Son objectif ? Mettre son expérience internationale et sa rigueur au service des dirigeants d’entreprises françaises en quête de renouveau. « C’est une étape importante pour moi car j’ai envie de transmettre. Il faut avoir les nerfs solides pour faire du business outre-Atlantique, mais aussi être créatif, savoir rebondir face aux difficultés et aux crises diverses. Et je pense humblement pouvoir le faire intelligemment ».

Aujourd’hui, Bertrand de Poly intervient comme manager de transition auprès d’entreprises en transformation… Et lorsqu’il affirme que « les entrepreneurs français sont les plus créatifs du monde parce qu’ils arrivent à inventer et développer malgré un cadre réglementaire bien plus contraignant qu’ailleurs », ce n’est pas une vue de l’esprit, mais une conviction nourrie par l’expérience.

par Déborah Coeffier