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IA oblige, le format de cette newsletter change. Voilà quelques semaines que je me suis fait une remarque : « je n’arrive plus à suivre l’actualité clé liée à l’IA ». Elle est quotidienne au point qu’à moins d’être plongé dedans nuit et jour, nous en perdons tous le fil.
En écoutant Luc Ferry répondre aux sénateurs en commission sur l’impact de l’IA dans l’éducation, j’ai ainsi découvert que notre Ministre de l’Education Nationale actuel n’avait pas d’abonnement chez ChatGPT (ni ailleurs) il y a quelques semaines encore. La rupture technologique est si rapide que même nos ministres ne suivent pas. N’allez pas y voir une nouvelle critique de ceux qui nous dirigent mais la simple illustration d’un phénomène que peu vraiment suivent à défaut d’en être à l’origine.
Vous trouverez donc après ces quelques lignes une tentative de synthèse. Elle a été passée au crible d’un prisme, le mien. Un tel tableau manquera certainement d’éléments que vous jugerez plus importants. Si c’est le cas, n’hésitez pas à m’écrire, nous l’améliorerons au fur et à mesure.
Indépendamment du fond qui franchement donne le tournis et nous rappelle chaque jour à quel point l’Europe est en train de rater la révolution du millénaire après l’électricité, ce sont les messages de deux femmes que je retiens ces dernières semaines.
Le premier vient de Sandrine Chauvin qui a pris son indépendance de LinkedIn il y a 3 mois. Elle en dirigeait la stratégie éditoriale et dirigeait mondialement le programme Top Voices de son ancien employeur. Voici ce qu’elle nous dit dans l’un de ses derniers posts :
« Dans un monde où chacun peut produire du contenu en quelques secondes avec l’intelligence artificielle, la ressource la plus rare n’est plus le contenu. C’est l’authenticité, qui cultive la relation de confiance. »
Le déplacement du contenu vers l’authenticité ne le remplacera pas, c’est son habillage qui change. Ce message s’adresse surtout aux dirigeants de grandes entreprises habitués à maîtriser sur le bout des ongles leurs éléments de langage. Ne parlez plus seulement avec votre tête nous dit Sandrine, parlez avec le cœur. Vous n’aurez bientôt plus le choix.
Maud Bailly qui dirige plusieurs chaînes d’hôtels chez Accor précédait Sandrine de 24 heures. Elle faisait référence la semaine dernière à un article des Echos sur le rôle du leader à l’heure de l’IA.
« L’IA ne bouleverse pas seulement nos méthodes de travail : elle déplace le lieu du pouvoir. Dans beaucoup d’organisations, l’autorité a longtemps reposé sur l’accès à l’information. Le chef était celui qui savait, qui maîtrisait codes, chiffres, réseaux, et gardait jalousement ce pouvoir silencieux. L’IA fait voler cette confiscation en éclats. Et tant mieux.
En donnant à chacun un accès presque immédiat à l’information, l’IA fait trembler les organisations trop verticales, et oblige les dirigeants à sortir d’un vieux réflexe : croire que l’autorité vient de ce que l’on sait avant les autres […] En donnant accès à tous à une masse d’informations continue, l’IA ne nous dispense pas de leadership : elle nous y ramène avec plus d’exigence encore.
Le leader à l’ère de l’IA sera un agrégateur : celui qui saura trier et structurer un flux d’informations omniprésentes, mais pas forcément pertinentes.
Il sera un chef d’orchestre, coordonnant les forces en présence et garant de l’intelligence collective, d’un cadre commun.
Il sera un connecteur : bâtisseur de ponts, tissant et ramenant du lien, du sens, dans un monde fragmenté et polarisé.
Il sera un point d’ancrage. Quelqu’un qui devra s’appliquer à ne jamais confondre efficacité et perte de responsabilité. Car c’est peut-être cela, le point le plus vertigineux : l’IA peut recommander, trier, générer avec puissance… mais elle ne portera jamais seule la responsabilité éthique des choix pris. Cette responsabilité restera de chair et d’os.
Le leader à l’ère de l’IA sera donc aussi celui à qui incombera de savoir dire non, même quand la technologie semble toujours dire oui.
[…]
Plus la technologie progresse, plus notre irréductible part d’humanité deviendra visible, presque nue. Nous laisserons à l’IA l’exécution de bien des tâches, pour révéler d’autant, en bain « argentique », notre irréductible part d’humanité – celle qui sait créer l’émotion, le soin, celle qui sait détecter le signal faible, gérer l’inattendu et déjouer les statistiques.
Sandrine et Maud voient juste me semble-t-il. Sans s’être parlé, elles nous disent à leur façon que la valeur ajoutée du dirigeant se déplace aussi vite que l’IA grandit.
Or l’IA croît exponentiellement.
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