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Un petit séisme

Un petit séisme a eu lieu ce mois-ci aux Etats-Unis sans que cela ne nous émeuve vraiment.

100%, c’est désormais le niveau de taxes aux frontières américaines des véhicules électriques importés depuis la Chine. Ce taux était auparavant de 25%. En UE, ce même taux est de 10%.

Prenons notre calculette. La Dolphin de BYD est affichée à partir de 33990€ TTC en France. Aux US, toutes choses égales par ailleurs, ce véhicule serait donc mis demain sur le marché à 67980€ TTC sauf à ce qu’il soit manufacturé sur le sol américain. (Un chouilla moins en fait si BYD décidait de conserver sa marge volumique sur le produit, mais on ne va pas chipoter).

A ce prix-là, elle serait évidemment invendue. A ce prix-là, vous pourriez vous acheter sur cars.com aux US une Porsche 718 neuve avec quelques options en bonus.

La seule et unique manière désormais pour BYD d’être compétitif sur le marché américain serait d’assembler le véhicule sur le territoire américain et d’éviter cette nouvelle taxe. Ce n’est malheureusement pas si simple. Simultanément, les droits sur les batteries lithium-ion qui équipent les véhicules électriques passent de 7,5 % à 25 %. Or la batterie représente 40% du coût de fabrication d’un VE. Certains composants hors graphite naturel et aimants seront également taxés.

Bref, les Etats-Unis se ferment à la commercialisation sur leur sol des véhicules électriques venant de Chine. Les chantres du libéralisme heureux se diront que ce que font les Etats-Unis est un scandale en plus d’être contraire aux règles de l’OMC. Allez le dire à Joe Biden s’il vous reçoit. Il n’en a cure. Il protège les intérêts des Etats-Unis et de ses citoyens, rien d’autre. C’est son job. Donald Trump avant lui avait commencé à montrer le chemin, il n’a fait que le prolonger. C’est aussi cela la force des Etats-Unis. Démocrates et Républicains savent parfois s’entendre quand il s’agit de défendre les intérêts vitaux du pays, ici leur industrie automobile. Nous savons pourtant à quel point les partisans des deux camps n’arrivent plus à s’entendre sur grand-chose. L’industrie, voilà une source de cohésion d’un pays pourtant si fracturé. Nous serions bien avisés d’en prendre exemple.

Il faut bien saisir les forces en présence s’agissant de l’industrie automobile européenne désormais. Les constructeurs européens luttaient jusqu’à il y a peu contre la pression de la vente à bas prix des véhicules chinois taxés seulement à hauteur de 10% aux frontières de l’UE. Ils vont maintenant lutter contre toutes les usines de la planète qui manufacturaient de l’électrique depuis la Chine vers les Etats-Unis. Dans ce geste de hausse douanière made in America, l’UE est donc doublement perdante. Cette pression ne se matérialisera pas seulement par une nouvelle dégradation de notre balance commerciale, elle se matérialisera par la décroissance de notre production. Ou pour appeler un chat un chat, par une nouvelle vague de désindustrialisation en préparation.

En Europe, l’enquête pour distorsion de concurrence des constructeurs chinois continue son cours. Mais « le prétendu problème de la surcapacité de la Chine n’existe pas » disait le Président chinois à son homologue français il y a quelques jours. N’allons pas croire que la Chine déviera d’un degré sa stratégie.

Pendant que les Etats-Unis hérissent des murailles infranchissables à leurs frontières, l’UE enquête et écrit des rapports. Pendant que les premiers cherchent à sauvegarder leur industrie automobile, la seconde fait absolument tout pour compliquer la vie de la sienne. Pendant que les premiers se donnent le temps de devenir des champions mondiaux, la seconde s’impose une deadline à 2035 sans se préoccuper de devenir championne mondiale de la voiture électrique. Elle veut seulement les prix les moins élevés de la Terre sur son sol. Mais à vouloir cesser la production de véhicules thermiques sans vouloir se donner les moyens de devenir championne mondiale de véhicules électriques, on devient quoi ? On devient importatrice. On devient importatrice aussi de pauvreté, de chômage, de désindustrialisation à l’échelle du continent et toute une montagne de problèmes sociaux qui en découleront.

Il n’y a pas cinquante façons de réagir pour sauvegarder notre industrie automobile face à la déferlante chinoise et la muraille élevée aux frontières des Etats-Unis. Il faut appliquer un simple principe de réciprocité et appliquer aux Etats-Unis et à la Chine ce qu’ils appliquent à l’UE.

Tavares le disait déjà il y a un an. C’est ici. Il n’a pas été écouté. Je doute que ma parole sera davantage entendue, mais ces editos servent aussi à cela : me faire baisser en température. Si en passant je peux vous faire un peu sourire et vous aider vous aussi à garder votre calme, alors ces lignes n’auront pas été totalement inutiles.

C’est tout l’avenir de l’industrie automobile européenne qui se joue en ce moment. A vrai dire, une large partie de l’avenir de l’industrie européenne se joue en ce moment tant les règles du jeu du commerce mondial sont en train d’être réécrites par d’autres que nous sous nos yeux.

Certains d’entre vous penseront que j’en fais ici un peu trop. Peut-être. Mais j’observe que le patronat allemand s’alarme officiellement des signes de désindustrialisation de l’Allemagne. « J’observe un début de désindustrialisation. Il y a des délocalisations partout » disait ce mois-ci dans Funke Stefan Wolf, président de la Fédération de la métallurgie et de l’électrotechnique Gesamtmetall.

Il faut totalement revoir le logiciel économique européen. Là encore, d’autres bien mieux placés que moi le disent. Je pense en particulier à l’Afep dont j’interviewais récemment Stéphanie Robert la Directrice Générale dans notre podcast. L’Afep appelle à un changement radical des politiques européennes.

Heureux hasard du calendrier, cela peut se faire dimanche prochain.