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Le bien commun

Sonnez tambours, raisonnez trompette, l’indicateur PMI Composite a été au-dessus de 50 ce mois-ci. Avec 51,2, l’activité humaine marchande a grandi en France pendant ces 4 dernières semaines. Une éclaircie dans un ciel nuageux fait toujours plaisir.

Car de mauvaises nouvelles, ces derniers temps, nous avons notre lot. Passons-les vite en revue, elles ont rythmé le mois écoulé. Nous reviendrons aux bonnes dans un instant, rassurez-vous.

La France emprunte à plus de 4,5 % sur dix ans, son plus haut depuis 2008. Le chômage file vers 8,6 %, notre classement PISA continue sa dégringolade, la sécheresse s’étire et les prix du pétrole et du gaz continuent de grimper (+17% en un an) contraints qu’ils sont par les fermetures totale ou relative des détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb. Saudi Aramco a annoncé la suspension de ses livraisons à plusieurs raffineurs européens. Ambiance.

Sans surprise, les prix montent, érodant au passage le pouvoir d’achat des européens et les marges des entreprises. Nous continuons d’importer l’inflation (+2,4% en août 26 versus août 25) venant de toutes parts sauf peut-être du canal de Suez qui ne tourne désormais qu’à 56% de ses capacités (source : Suez Canal Authority). Les bateaux préfèrent désormais contourner l’Afrique plutôt que de prendre le risque de se faire attaquer depuis les côtes yéménites où transitaient 12% du commerce mondial. On les comprend.

A l’est, la Russie se fait de plus en plus hostile à notre égard nous dit le Président de la République. A l’ouest, observant l’UE danser un nouveau tango avec le Canada, Washington agite son bâton douanier préféré.

Et l’IA devient notre nouvelle Méduse. Vous connaissez comme moi le mythe. Elle fut femme d’une exceptionnelle beauté avant d’être métamorphosée en Gorgone. Il existe très peu de représentations de Méduse avant que des serpents ne lui poussent à la place des cheveux. J’ai demandé à mon chat préféré de s’inspirer de la peinture de Winifred Hope Thomson (1896) pour en produire la version que vous pouvez voir en tête de cette lettre. Toutes les entreprises tentent de faire de l’IA une alliée en espérant qu’elle ne devienne jamais ce monstre raconté par Ovide. BlueBirds les accompagne de façon croissante. Sans entrer dans les méthodologies Usages – Data, LLM & Software – Pilotes, Déploiement & Appropriation, il est un guide sur l’IA revenu à la mode depuis que le pape a foulé notre sol : Magnifica Humanitas. J’y reviens en conclusion.

La grande histoire a rencontré la petite en cette rentrée, celle de notre équipe.

Nous avons été deux au sein de l’équipe à subir une usurpation d’identité. Si vous avez reçu un email inhabituel de ma part ou de celle de Sébastien Normand, vérifiez bien l’adresse de l’expéditeur avant d’entreprendre quoi que ce soit. Nos emails finissent en « .partners » pas en « .ru ». En cas de doute, appelez-moi. Je n’ai qu’un numéro de téléphone, cela aussi le reste de mon équipe l’a découvert à ses dépens.

Voilà, c’est dit, un nouveau mois mouvementé a passé, nous pouvons passer à autre chose.

Sur mon transat

Malgré tout, malgré les turpitudes du moment, l’activité de BlueBirds se porte généreusement en ce début d’année scolaire. L’IA, la data et le restructuring/la performance tirent la majorité des sollicitations entrantes. J’observe que le moral de nos clients varie beaucoup d’un secteur à l’autre et surtout selon leur taille. Plus que jamais, size does matter dans les secteurs historiques de notre économie. La deeptech et le newspace échappent par exemple à cette règle.

Je vous ai souvent écrit dans ces lignes mes préoccupations relatives à la dette publique. C’était ici sur mon transat ou encore ici sur les routes d’Asterix au Portugal. Elle est devenue l’un des premiers sinon notre premier risque économique. De fait, la hausse des taux de crédit nous affecte déjà tous, pas seulement l’Etat. Le relèvement soudain des taux des OAT à 10 ans a eu au moins un mérite : le sujet s’est invité chez beaucoup de media. Régler un problème passe toujours par une première étape que nous venons de franchir : en parler.

J’attends désormais que celui de la relance économique ne lui emboîte le pas. Il n’y aura pas d’augmentation de pouvoir d’achat des Français – leur première attente à l’égard du futur Président – sans croissance retrouvée. Un développement durable est frère d’une croissance durable du pouvoir d’achat. A vrai dire, ils sont inséparables. Que le premier se plaigne de l’éloignement de sa sœur et nous verrons comme en ce moment l’activité des entreprises ralentir. Que la seconde ne se préoccupe pas de son frère et elle ne comprendra pas pourquoi les Français ont de plus en plus de mal à boucler leurs fins de mois.

PISA, un souffle d’optimisme

A la base de tout il y a l’éducation. Les nouveaux chiffres du classement PISA méritent de s’y arrêter un instant aujourd’hui.

Observant les difficultés de mon fils et de ses copains en train de chercher leur premier job, je me suis nourri de leur optimisme. Beaucoup des diplômés des grandes écoles de commerce ne cherchent pas un premier emploi, ils savent qu’ils ne trouveront probablement pas. Ils cherchent un stage.

Pourtant, à les écouter se préparer, écrire, appeler, s’adresser à leurs interlocuteurs en visio puis à les entendre débriefer le soir à table avec enthousiasme, ils me rappellent leur hâte d’embrasser l’avenir. Ils plaisantent sur la dernière entreprise rencontrée, se charrient entre eux, rigolent à gorge déployée et se resservent deux fois de pâtes avant de s’enfiler une demi-baguette au fromage.

J’ai retrouvé le même optimisme en écoutant Monique Canto-Sperber au micro de David Abiker sur nos résultats au classement PISA. Elle a dirigé Normal Sup et Paris Sciences et Lettres.

Voici ses mots. « Education dit culture […] Ce qui avait été une forme de culture française, pas du tout nécessairement la culture savante, ce peut-être aussi bien la culture populaire, une culture partagée par toutes les classes sociales, partagée par tous les âges, qui était appuyée sur une éducation exigeante, un certain idéal de la réussite scolaire, des institutions de savoir, une langue que nous avions plaisir à manier, et dont on avait plaisir à explorer les différentes possibilités, un goût de la discussion, du débat, un goût de la confrontation au réel et un peu de non conformisme, enfin tout ce qui caractérisait ce socle de références communes qui faisait notre culture, avec sa part d’universel bien sûr. Beaucoup ont été fascinés par notre culture et ont essayé de l’adopter, elle a eu une influence considérable, mais avec son élément de particularité qui est propre à notre culture, ce sentiment que l’on est bien Français quand on aime cela […] Tout cela s’est progressivement effrité ».

Mais alors est-ce cuit ? s’interroge le journaliste dans son style si caractéristique.

« Non, je suis pessimiste sur le constat et le diagnostic mais optimiste résolue dans l’action. » L’extrait complet est à retrouver ici. Cet entretien a été mon énergisant pendant plusieurs jours. Il est encore des hommes et des femmes dans notre pays qui ne font pas seulement des constats et se lamentent. Mme Canto-Sperber apporte une lecture de 50 ans d’éducation et de culture en France. Elle trace en même temps le chemin d’un avenir enviable, tout cela avec une certaine classe qui devrait vous plaire.

Cette lettre est à l’adresse de l’un de nos clients avec qui je m’entretenais récemment. Je l’entendais sincèrement s’inquiéter de notre environnement à tous. Il faut être un peu aveugle pour ne pas voir le dérèglement en cours nous parvenir en fil continu. Diminuez votre temps devant les pixels médiatiques. Et si cela ne suffit toujours pas, souvenez-vous de cette vieille dame de 70 ans et de ces jeunes qui sourient à l’avenir. Ce n’est ni par naïveté ni par nécessité. C’est naturellement.

L’éducation, encore, est au cœur de l’encyclique sur l’IA que j’évoquais plus haut. Voici ce qu’elle nous dit en conclusion. « Investissons dans l’éducation, qui commence par nous-mêmes ! […] Eduquer les nouvelles générations à croire que l’évolution des technologies ne suit pas un parcours inévitable, mais peut être orientée par la responsabilité personnelle et collective, constitue l’un des services les plus précieux au bien commun. »

Martin