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Nouveau mois, nouvelle guerre. Mon premier message s’adresse à nos connaissances iraniennes ou d’origine iranienne. J’espère que votre peuple retrouvera vite la paix et la liberté.
Attendons le mois prochain pour tenter d’évaluer les conséquences économiques et sociales du nouveau conflit. 20% de la consommation mondiale de pétrole transite par le détroit d’Ormuz désormais fermé. C’est 50% s’agissant du Japon.
Vous connaissez maintenant ma boussole principale, l’indice PMI composite de l’activité des entreprises. Il a été en France de 49,9 en février et de 49,1 en janvier donc toujours sous 50. Notre économie est en contraction depuis presque deux ans maintenant.
Dans les trois domaines susceptibles de faire repartir l’économie européenne et française, la tech, l’industrie et l’énergie, février a été riche d’événements et d’enseignements.
Mesurons-nous la magnitude des capitaux en jeu en ce moment dans l’IA?
Meta (Facebook, Insta, WhatsApp) indique avoir investi 72Md$ en Capex d’IA en 2025 et prévoit 115 à 135Md$ en 2026. Alphabet (Google, YouTube) a indiqué avoir investi plus de 90Md$ avec la même fin (60% serveurs et 40% datacenters et équipements réseaux). Le Groupe prévoit un doublement en 2026, soit environ 180Md$. La palme revient à Amazon ayant investi 130Md$ en 2025. Le Groupe prévoit environ 200Md$ en 2026. Les seuls Meta, Google et Amazon prévoient donc d’investir en 2026 la moitié d’un trillion de dollars pour leurs Capex liés à l’IA.
Ces 500Md$ pour la seule année 2026 n’incluent pas leurs dépenses IA totales. Elles incluraient aussi salaires, R&D, cloud tiers, etc. Et ils n’impliquent que trois des GAFAM.
L’autofinancement de ces géants ne suffit plus. Ils ont désormais recours au marché de la dette et ont sollicité le marché obligataire à hauteur de 165Md$ l’année dernière. Morgan Stanley s’attend à 400 Md$ de nouveaux emprunts obligataires en 2026. (Source : Les Echos.)
Pour mieux se rendre compte de l’ampleur de ces investissements, les 500Md$ de Meta, Google et Amazon peuvent être comparés au total des dépenses publiques françaises prévues pour 2026. Elles s’élèvent à 1700Md€.
Les 6 réacteurs nucléaires d’EDF en construction rappelés dans le PPE finalement annoncé par décret représentent un investissement initial estimé à 73Md€ par EDF. Il faudra 15 à 25 ans pour qu’ils émettent leurs premiers électrons. Les 500Md$ seront eux totalement déployés d’ici décembre. Comme nous sommes en mars, c’est l’équivalent de la totalité du nouveau programme nucléaire français qui vient d’être déployé en seulement deux mois par les entreprises citées plus haut.
Les mots manquent pour qualifier une telle magnitude financière appelée à devenir technologique et industrielle. Rien de comparable n’est en train d’advenir en Europe.
Vous pouvez participer à ce tsunami en allant faire vos courses sur les marchés de cotations américains. Là-bas, pas de développement durable, seule prime l’ambition de devenir n°1 mondial de la révolution du siècle. Certaines voix s’élèveront contre la démesure de consommation de fonds, d’énergie, d’eau, de métaux, de puces et d’infrastructures de toutes sortes sous-tendant cette ruée vers l’or version XXIème siècle. Les mêmes utiliseront les technologies des GAFAM, d’OpenAi et de Nvidia, que ce soit pour leurs besoins personnels ou pour leurs sociétés. Voilà de quoi alimenter les réflexions des Directions RSE qui me lisent et mûrir nos choix de société.
En même temps que l’IA aspire les capitaux venus du monde entier, elle tire vers le bas la valorisation des sociétés exposées aux ruptures servicielles et logicielles en cours ou à venir. SAP a perdu 15% de sa valeur en deux mois, IBM 13%, Microsoft 11%, ServiceNow et WorkDay 10%.
La rotation des actifs en faveur des valeurs traditionnelles aux dépens de certaines valeurs technologiques a entretenu la baisse du Nasdaq et la hausse du S&P 500 comme du CAC40. Ce dernier a gagné 5 points en deux mois.
Pendant ce temps, pendant que nous regardons les trains passer, les Etats-Unis réussissent leur pari de réindustrialisation.
Initié sous Obama et poursuivi sans discontinuité par Trump I, Biden et maintenant Trump II, l’accumulation des initiatives pour un retour du Made in USA porte ses fruits. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Dans leur dernier rapport commun, Trendeo et McKinsey nous indiquent que les US ont attiré l’année dernière 44% de tous les investissements industriels de la planète. Avec près de 800Md$ investis sur le sol américain, ils ont doublé en un an. A titre de comparaison, l’UE a attiré l’année dernière un peu plus de 200Md€ d’investissements industriels sur son sol. C’est une tendance que nous avions déjà observée avec David Cousquer fondateur de Trendeo dans notre épisode commun sur le podcast Histoires d’Entreprises.
Les dirigeants européens étaient à Anvers il y a quelques jours pour inverser la tendance à la désindustrialisation européenne que les investissements ci-dessus ne suffisent pas à infléchir. J’avais la chance d’être là-bas pour l’occasion. J’en ai retenu deux enseignements. Le constat de la désindustrialisation européenne est désormais largement partagé (i). Ce n’était pas le cas jusqu’à il y a peu. Et l’Allemagne et la France n’ont pas la même vision des solutions à entreprendre (ii).
La France, importatrice, est concentrée sur son objectif de produire sur son sol. Elle promeut le Made « in » Europe et elle a bien raison. L’Allemagne, exportatrice, promeut, elle, le Made « with » Europe. Elle souhaite surtout conserver sa compétitivité coûts, garante de ses ventes à l’étranger et de ses marges. Une législation contraignant la production locale aux dépens de la compétitivité irait dans le sens contraire de ses intérêts. Il suffit de se mettre à la place de nos amis germaniques pour comprendre leur position.
Ces différences de sensibilité à l’échelle des Etats se retrouvent dans les associations professionnelles et les entreprises elles-mêmes.
Les secteurs en train d’être balayés du sol européen comme la chimie, l’automobile ou l’acier sont d’abord préoccupés par le Made in Europe. Ils souhaitent avant tout se protéger des importations venues de Chine. Les secteurs exportateurs comme l’aéronautique voient dans le Made in Europe une nouvelle cascade de réglementations et le risque de perdre en compétitivité. Eux veulent faire « avec l’Europe », pas nécessairement « en Europe ». Un seul mot change et c’est toute la stratégie industrielle d’un continent qui bloque.
C’est l’équation « Production locale et en même temps compétitivité » qu’il nous faut désormais résoudre. (Je sais, « en même temps » n’est plus une expression à la mode mais je fais de mon mieux). Les dirigeants européens rassemblés au château d’Alden Biesen en Belgique au lendemain du meeting à Anvers tentaient de résoudre cette équation. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’ils n’ont pas réussi. Les amoureux des mathématiques savent que certaines équations sont sans solution. Les mêmes savent que d’autres équations ont un nombre infini de solutions.
Pour les entreprises qui me lisent, qu’est-ce qui a changé dernièrement ou s’est infléchi qui soit susceptible d’influencer nos décisions ?
Je vais garder mes résolutions de 2026 et finir par une bonne nouvelle. Le printemps frappe à notre porte ! Les jours sont plus longs, le soleil plus chaud. Nous allons pouvoir ranger nos manteaux, venir au bureau habillés plus légers, et qui sait, l’esprit lui-même peut-être plus léger de savoir que BlueBirds n’est jamais très loin ! C’est ce que je vous souhaite.
En avant pour mars !
Martin