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De la joie!

économie française 2026 entreprises et souveraineté

Ayant décidé de placer 2026 sous la lumière de la joie et hésitant à vous rappeler que la lumière du jour éclaire l’horizon sans discontinuer l’été au Groenland, je me garderai de vous évoquer l’actualité internationale de ces dernières semaines. Tout est en train d’être réécrit au point que l’on nous propose un nouveau Conseil de Paix. La rupture du monde tel que nous l’avons connu jusqu’ici changera tout.

Nul besoin de placer 2026 sous les auspices de la joie pour trouver des bonnes nouvelles. Il y en a. Le CAC 40 a cru de 10,4% l’année dernière. Même si l’économie des grands groupes côtés ne représente qu’une partie de notre économie, il faut se réjouir du regain des investisseurs institutionnels pour notre pays.

Le PIB finira l’année en croissance de 0,9% nous dit la Banque de France. Qui l’eut cru ? Cette croissance masque pourtant une décroissance de l’activité privée. Sur 12 mois, l’indice PMI composite a été 10 mois de suite sous 50 et une seule fois au-dessus. C’était en novembre. Décembre était à 50,0. Le défi n°1 de notre économie et donc de nos entreprises est de renouer avec la croissance. Comme les grands groupes se portent bien – nous venons de le voir – je pense davantage ici à nos ETI, PME et TPE.

Les chiffres du chômage du T4 2025 sortent dans quelques jours. Sur les trois premiers trimestres 2025, il est passé de 7,4% à 7,7% (Indicateur BIT, source INSEE). L’emploi se dégrade en même temps que l’économie. Je veux bien être optimiste, mais je vous dois aussi la sincérité des chiffres. Mon honnêteté s’arrête aujourd’hui là où la liste des indicateurs au rouge débute, comme celui du chômage et de l’activité privée. Cette liste est assez longue, d’où la petitesse de ce paragraphe.

Les initiatives citoyennes des chefs d’entreprises

Les chefs d’entreprise dont celui que vous lisez en ce moment se désolent de l’absence de culture économique de notre pays mais c’est ainsi. Restons positifs sans trop nous forcer, c’est en train de doucement changer. J’y reviens en conclusion. Je me suis personnellement engagé l’année dernière dans plusieurs initiatives portées par des dirigeants d’entreprises. Je serai de nouveau à Anvers dans quelques jours pour rappeler avec plus de 500 chefs d’entreprise industriels les engagements que la Présidente de la Commission Européenne a pris devant eux il y a maintenant deux ans. Les initiatives citoyennes de celles et ceux qui font la richesse du pays et du continent poussent comme des champignons en ce moment. Elles méritent pour la plupart d’être soutenues. A la fin, elles porteront nécessairement du fruit. Rejoignez-les ou créez la vôtre.

Il nous faut renouer avec l’envie de prospérité et la prospérité tout court. Ce sera mon principal message pour l’année.

Ce message est d’autant plus difficile à porter que nous savons maintenant que prospérité et environnement ne font pas toujours bon ménage. Le greenwashing a vécu. En parallèle, un nombre croissant de voix s’élève contre une réglementation verte devenue trop lourde. C’est ce qui explique l’allègement de la CSRD en avril dernier.

En 2025, l’environnement nous a dévoilé sa réelle nature. Par une forme de retour heureux de balancier, notre pays est plus vert dans sa façon de penser qu’il ne l’a jamais été. Mais il est en récession.

Le développement durable est devenu une nécessité, il est surtout une exigence. Dans « développement durable », il y a « durable » certes, mais il y aussi « développement ». C’était un peu le sens des vœux de la Directrice du Développement Durable du Groupe Accor : Hospitality, Growth and Sustainability: Finding the Right Balance.

L’Allemagne l’a bien compris. Elle était en récession depuis deux ans, elle vient de renouer avec la croissance. Son indice PMI composite a été au-dessus de 50 pendant toute l’année dernière, exception faite de mai. La croissance de l’Allemagne n’a donc rien à voir avec la nôtre. La leur est privée et publique. La nôtre ne s’appuie que sur la dépense publique et masque notre contraction privée. L’Allemagne s’enrichit, (l’Italie aussi), nous nous appauvrissons.

Ce qui attend les entreprises dans l’économie française 2026

Qu’est-ce qui a profondément changé cette année et changera davantage encore pour nos entreprises et leurs écosystèmes ?

Tout ou presque a été dit sur l’IA, le contexte « un peu changeant » de la géopolitique, les cyberattaques dont les entreprises françaises sont les victimes (ex : La Poste dernièrement), la pression fiscale sur les entreprises ayant mené la France à la toute dernière position de l’OCDE et presque à la dernière position mondiale, notre surrèglementation, le déficit de compétences qualifiées malgré les chiffres du chômage. Vous savez cela comme moi. S’il fallait n’en retenir que trois, voici les événements et tendances de ces dernières semaines qui m’ont marqué :

  • La mise en œuvre du régime définitif de la taxe carbone aux frontières de l’UE (MACF). En quoi va-t-elle vraiment protéger nos entreprises d’une concurrence déloyale ? Nous pourrions écrire un livre sur le sujet. Je manque d’espace dans ces lignes pour tenter de vous en faire une synthèse. Nous reviendrons dessus un jour, promis.
  • L’accord UE-Mercosur, qui bien que signé, soulève encore beaucoup de questions. Une chose est déjà certaine. Il est une invitation à l’exportation de beaucoup de nos entreprises, je pense en particulier dans les vins & spiritueux. Il est aussi un risque réel à beaucoup d’autres, en particulier dans la culture bovine. La FNSEA est vent debout et vient de saisir avec les parlementaires européens une action en justice auprès de la Cour Européenne. De fait, l’accord ne peut donc pas être exécuté pour l’instant. C’est l’accord UE-Inde qu’il va falloir maintenant suivre de près.

Par extension, c’est notre confiance dans les services que nous rendent les entreprises américaines qui s’effrite. En 2026, beaucoup d’entreprises et d’organismes publics se demanderont s’il est bien raisonnable d’avoir confiance dans les entreprises américaines dont le droit extraterritorial ou l’usage de la force font d’elles l’arme de leur administration. Le Wall Street Journal en faisait sa une il y a quelques jours. C’est regrettable pour les entreprises US concernées et leurs clientes qui n’ont rien demandé, mais c’est ainsi. Je pense ici aux Gafam, aux banques dont Visa et Mastercard et à d’autres encore. Ces sujets sont maintenant ouvertement discutés au Parlement européen et nourrit une préférence européenne aux achats publics au sein de l’UE.

Depuis quelques mois, les Etats-Unis ont a réussi à rendre invisible la pression économique chinoise sur nos entreprises pourtant plus forte que jamais. J’assistais la semaine dernière aux vœux de la CPME où Serge Papin, Ministre du Commerce, donna un court discours. La Chine devrait être notre obsession concurrentielle nous dit-il. Il employa des termes bien plus crus.

C’est aussi un boulevard qui s’ouvre pour les entreprises françaises et européennes. Origine France Garantie dirigée par Gilles Attaf lançait la semaine dernière Numérique France Garantie. BlueBirds était présente à leur réunion d’inauguration. Leur cahier des charges co-construit avec Bureau Veritas n’était pas encore finalisé qu’ils avaient été contactés par la France et l’Allemagne pour les accompagner dans l’écriture de la réglementation des achats publics communs de Défense. Presque concomitamment naissait l’Alliance du Fabriqué en France emmenée par Amir Reza-Tofighi, Président de la CPME.

Si comme moi vous vous demandez de quoi 2026 sera fait, voici quelques lectures : Bank of America, Goldman Sachs, J.P. Morgan. Les banques d’affaires sont bien plus complètes que moi. Sans grande surprise, elles placent le risque géopolitique en haut de leurs préoccupations.

La joie, la politesse

Si j’ai décidé de placer 2026 sous la protection de la joie, ce n’est ni par provocation ni par aveuglement. C’est par nécessité et par envie. « La joie est une forme de courage en même temps que de politesse. » Ces mots viennent d’une actrice belge que vous connaissez tous. Je les ai repris à mon compte. Il n’y a pas de raison particulière à ce que 2026 soit plus stable ou plus joyeuse que 2025. Janvier 2026 plus encore que janvier 2025 qui n’avait pourtant pas démérité a été un mois qui restera dans les annales sur le plan international.

Nos querelles internes, elles, diminueront en intensité maintenant que le pays a un budget. « Notre budget est imparfait, nous en aurions souhaité un autre » disait le Président de la CPME lors de ses des vœux, « mais il a le mérite d’exister ». C’est juste. Olivier Schiller, Président de Septodont et Vice-Président du METI, évoque lui « un budget de renoncements ». C’est juste aussi. Pour les entreprises qui me lisent, outre l’absence de toute réforme et un déficit public prévu de 150Md€, retenez la prorogation de la surtaxe sur l’IS des grandes entreprises, l’alourdissement des taxes sur les Pactes Dutreil et les holdings et le maintien de la CVAE. A la question, « ces mesures vont-elles permettre à la France de sortir de la récession ? », vous connaissez la réponse.

Restons constructifs. Je suis agréablement surpris de la rapidité avec laquelle l’opinion publique s’approprie désormais des nouveaux sujets qui auraient pris des mois ou des années auparavant à émerger : ce qui fait vraiment le pouvoir d’achat, le coût complet du travail, le rôle des entreprises dans la production de richesse d’un pays, nos retards dans de nombreux domaines comme l’industrie et la tech, nos besoins en métaux de toutes sortes, la valeur réelle d’un stock de produits venus du bout du monde, la réglementation, la natalité et l’immigration, tous ces sujets et d’autres encore qui font qu’un pays tourne économiquement et socialement. Le mot souveraineté est sur toute les lèvres. J’aime aussi le mot liberté.

Nous étions seulement consommateurs. Nous sommes de plus en plus producteurs et citoyens, au moins par désir. Ce désir me fait chaud au cœur.

Martin