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Avouez que vous en auriez bien repris une louche. Quelques jours de vacances de plus ne vous auraient pas fait de mal — à moi non plus. Mais les vacances servent aussi à cela : nous rappeler qu’il faut travailler.
Pour les entreprises et ceux qui les servent, les sujets laissés sur la table malgré notre empressement à fermer les dossiers avant de poser le maillot de bain dans la valise sont toujours là : IA, cyberdéfense, sécurisation des chaînes d’approvisionnement, décroissance continue de l’activité privée en France — l’indice PMI composite a été de 48,8 en août —, réchauffement climatique et j’en passe. Tous ces sujets sont urgents et importants, donc prioritaires. Paradoxalement, ils seront pourtant toujours là dans un an : c’est un marathon que nous courrons, pas un sprint. Patrick Martin a placé cette rentrée sous le signe du « courage ». Il en faut pour courir 42 km. Le mot m’a semblé bien choisi.
Ce qui est vraiment nouveau et sera derrière nous dans un an, c’est le lancement de la campagne présidentielle.
En invitant les principaux candidats à la présidence à s’exprimer devant les chefs d’entreprise, le patron du MEDEF le savait mieux que beaucoup d’entre nous. Et en recevant la présidente de la Commission européenne, il a rappelé à quel point la politique économique se décide désormais à Bruxelles. Le MEDEF a fait des progrès considérables pour défendre les intérêts des entreprises françaises depuis qu’il a installé un bureau chez nos amis belges il y a bientôt deux ans. On ne souligne jamais assez les efforts qui vont dans le bon sens : voilà qui est fait pour Patrick Martin et son équipe.
La campagne ajoute une difficulté de plus à la longue liste que les chefs d’entreprise traitent déjà.
D’un côté, ils savent mieux que quiconque ce qui crée de la richesse et ce qui la détruit ; ils peuvent non seulement émettre un avis sur la politique économique des candidats, mais aussi et surtout un jugement. D’un autre côté, la plupart ne souhaitent pas être catalogués politiquement. Critiquer les idées révolutionnaires du programme de LFI choierait certains de leurs interlocuteurs tout en prenant à rebrousse-poil les autres. Pointer les absences du programme du RN soulagerait ceux qui voient en Mme Le Pen le problème n°1 de la France, mais ferait se lamenter ceux pour qui la candidate en tête des sondages serait la solution.
Pour le dire autrement, les chefs d’entreprise ont beaucoup de bonnes idées mais n’osent pas les partager : par peur pour eux, leur image et l’entreprise qu’ils dirigent. Et puis au fond, qu’ont-ils à gagner à s’exposer ? Pas grand-chose, sauf peut-être des enquiquinements.
Les deux feux
Je suis moi-même pris entre ces deux feux.
Il y a ce Martin ayant eu la chance de travailler sur des politiques économiques et sociales en France et au Maroc et qui a aussi collaboré il y a deux ans à un livre sur la réindustrialisation de notre pays. Cet homme sait que certaines de ses idées n’ont rien d’extraordinaire — quelques-unes pourraient même être « de toc » s’exclameraient certains — mais que plusieurs mériteraient d’être débattues ; il les tient souvent de ses interlocuteurs les plus persuasifs. Le débat économique et social reste centré pour l’instant, comme souvent dans notre beau pays, sur les dépenses de l’Etat et ses ressources fiscales et de financement. Il existe un champ entier que nous délaissons malheureusement : celui de l’activité privée. La croissance durable est l’alternative la moins douloureuse – elle est même parfois tout à fait heureuse – au creusement de notre dette publique, à l’accroissement de la pression fiscale et au rabotage des dépenses publiques en train de se préparer bon gré mal gré.
Nos entreprises sont en récession depuis bientôt trois ans ; la France a besoin d’un plan massif de relance. Pour l’instant, seuls quelques rares huluberlus comme moi le disent tout haut.
Il y a un autre Martin, celui qui parle à son équipe et aux clients de BlueBirds. Il sait qu’à critiquer un programme rose, il s’attirera les foudres socialistes, communistes, écologistes et parfois insoumises. Qu’à critiquer un programme bleu, il troublera ces Français souhaitant pour la première fois une femme présidente ou soutenant cette ancienne droite presque disparue. Et qu’à secouer les partis centristes peu enclins aux changements profonds dont notre pays a besoin, il ne sera pas mieux reçu par cette France qui fuit les partis radicaux. Bref, la moitié au moins de ses interlocuteurs hésiteront à le rappeler. Pour conduire des affaires, on a vu meilleure pratique.
82% des patrons se disent « pessimistes » quant à l’effet de la politique économique du prochain chef de l’Etat, selon un sondage OpinionWay commandé pour la REF2026. Je crains d’en faire partie. Et à vouloir convaincre que les programmes économiques qu’on nous propose ne feront qu’empirer une situation économique déjà passablement compliquée, je crains aussi de me mettre à dos à peu près tout mon entourage et celui de BlueBirds !
Le Revenu
Me voilà donc bien ennuyé — et je sais que beaucoup d’entre vous qui me lisez ressentez la même gêne.
Comme je souhaite m’exprimer publiquement pendant les 8 mois qui viennent, voici trois propositions qui pourraient bien s’appliquer à vous aussi :
J’ai un peu hésité quand Christian Fontaine, rédacteur en chef du magazine Le Revenu, m’a demandé une lecture du programme économique de LFI. Mêlant analyse et point de vue – je n’en suis pas à une contradiction près -, j’ai écrit quelques lignes sur les idées de M. Mélenchon et ses compagnons de route — c’est dans le numéro de cet été. Soucieux d’équilibrer ma plume, je me suis attelé récemment au programme économique du RN ; les lignes paraîtront à la fin du mois. Ces deux éditos, l’un déjà diffusé et l’autre à venir, me font vous dire que j’ai bien rejoint les 82% évoqués plus haut ! Il faudra un jour que je me penche sur le cas d’Horizons et les autres. Cela viendra.
La campagne en cours va ralentir les prises de décision des acteurs publics et nourrir l’attentisme chez les décideurs privés. Je ne m’attends donc pas à un rebond d’activité avant mi 2027, s’il advient.
Soyons patients, redoublons d’efforts, courage ! nous martèlerait Patrick Martin. Plus modestement, je vous dis : « Venez frapper à notre porte, nous pouvons vous aider. » Pour rappel, BlueBirds est aujourd’hui forte de quatre pôles – management de transition, conseil & tech freelance, executive search – et d’une communauté qui compte plus de 7000 hommes et femmes. C’est surtout l’IA et l’amélioration de la performance/restructuring qui tirent les activités en ce moment. Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que la facturation électronique fait aussi l’objet de « quelques » appels entrants.
Espelette
Aurore de Monclin, qui m’accompagnait à la REF, me faisait remarquer que le mot « courage » envoyait aussi un message négatif — en creux, que cela allait être difficile. Elle avait un peu raison.
Je terminerai donc sur ces mots d’un homme qui avait 80 ans en 2003 quand il les prononça à Espelette, petit village des contreforts pyrénéens connu pour ses poivrons. Vous retrouverez sans peine son nom en vous rendant à l’église principale du lieu que j’ai découverte cet été.
« Le grand souhait que je fais à tous — et spécialement aux anciens — c’est un mot qui est sur toutes les lèvres, quand surtout on est réuni à table : le souhait d’avoir bon appétit. Bon appétit pour le futur. […] Trop de gens ont peur de demain, même souvent les jeunes, hélas ! Pour vivre, vivre à tout prix, et dans la joie, il faut avoir l’esprit de l’enfant qui s’ouvre à la vie, à plein poumon, qui s’attaque à la vie pour la mordre à pleines dents… »
Je vous souhaite une très belle rentrée, dans la joie, avec l’envie d’en découdre. A vos emails ! A vos téléphones !
Martin